De libertés en crises

05 novembre 2011

Mélenchon dopé par la crise

Source : lepoint.fr

Survitaminé. Son best-seller actualisé cogne encore plus fort.

Mélenchon dopé par la crise

Jean-Luc Mélenchon en visite à la braderie de Lille, en septembre 2011. © Pierre Le Masson / PhotoPQR/Voix du Nord/Maxppp

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On fait fausse route si on réduit Jean-Luc Mélenchon à ses coups de gueule. Le leader du Front de gauche est un homme réfléchi, qui calcule ses sorties et débat sans cesse avec ses amis pour trouver la bonne attitude. Son livre (Qu'ils s'en aillent tous !), publié l'an dernier, ne fut pas un "coup de sang", dit-il, mais le fruit de longues réflexions. Ce manifeste mélenchonien est aujourd'hui édité en poche et enrichi d'une postface, dont nous publions les extraits. Le moment est propice : la primaire socialiste vient de livrer son vainqueur - Hollande, candidat préféré de Mélenchon, car il lui libère la gauche de la gauche - et la crise donne raison à ses thèses -, c'est en tout cas ce qu'il dit. Enfin, Mélenchon a réussi son pari, celui de rallier derrière lui les communistes. "Je me sens fort de mon discours et de cette alliance", jure-t-il. Jean-Luc Mélenchon est désormais prêt à entrer dans la danse présidentielle : la grande incertitude du monde nous promet "l'élection la plus rock and roll" de la Ve République !

EXTRAITS

Les "grosses bouches à fric".

En haut de l'échelle, ceux que j'avais appelés les "grosses bouches à fric" sont insatiables. En 2010, les patrons du CAC 40 se sont royalement augmentés de 24 %. Et ce sont les mêmes, et leurs chiens de garde, qui me traitent d'irresponsable quand je défends la proposition du Front de gauche d'augmenter le smic de 25 % pour le porter à 1 700 euros brut. (...) Pour rester dans ma comparaison, je calcule en années de smic les augmentations de salaire des grands patrons du CAC 40 en 2010. L'actualisation de cette triste statistique est sidérante.

En un an à peine, Baudouin Prot, le patron de la première banque française, championne de la spéculation, BNP Paribas, s'est augmenté d'une vingtaine d'années de smic. Il est passé de 2,37 millions à 2,63 millions d'euros de salaire. Son collègue, Frédéric Oudéa, autre champion de la banque spéculative, à la tête de la Société générale, s'est augmenté de 157 % en une seule année en s'octroyant d'un coup une augmentation de 137 ans de smic. À la tête de Total, Christophe de Margerie est passé de 2,6 millions de salaire fixe à plus de 3 millions, soit une rallonge de 27 ans de smic. Cette impudence me donne des ailes. Personne n'ose vraiment me regarder dans les yeux quand je propose qu'on décide de mettre en place un salaire maximum dans notre pays en limitant de un à vingt l'écart des salaires dans une entreprise. Et quand je dis que nous prendrons tout au-delà de 360 000 euros de revenu par an, qui ose publiquement me dire non ?

Le "piège à cons" de la règle d'or

"Le mot de mise sous tutelle des États est entré jusque dans le vocabulaire ordinaire des candidats à la primaire socialiste ou de leurs amis. Le coup d'État des financiers est ainsi consommé. Ils occupent la Grèce pour la dépouiller, ils ont prononcé l'annexion politique du reste de l'Union. Les partisans de "la règle d'or", ce "piège à cons", selon Jacques Delors lui-même, font leur basse besogne.

La Chine, une "tendresse tarifiée".

Je veux faire le pari d'une pacifique et transparente coopération directe avec la Chine plutôt que d'attendre dans l'antichambre où les États-Unis négocient sur notre dos. Je fus accusé en boucle : "tendresse" suspecte. Depuis lors, hélas, chaque pays de l'Europe des dettes a léché les pieds des Chinois pour qu'ils achètent de la dette souveraine ou quelques-uns des actifs à privatiser. Le Premier ministre grec et même le portugais, deux sociaux-libéraux bon teint et grands récitants de bonnes intentions humanistes, invitèrent les autorités chinoises à un voyage pour la braderie des biens de leurs pays. Personne ne leur demanda s'ils avaient exprimé des récriminations sur les droits de l'homme et les mauvais traitements du capitalisme en Chine. Peut-être en avait-on épuisé la réserve en me la lançant sans cesse à la figure ?

Les États-Unis, un problème pour l'Europe

J'ai dit que les États-Unis étaient nos véritables concurrents. "Antiaméricanisme primaire", ont couiné les répondeurs automatiques ! (...) J'assume mon diagnostic : les États-Unis sont un grave problème pour les Européens. (...) C'est la masse immense des dollars qu'ils ont répandus dans le monde qui est la cause centrale des crises du système financier. Ces dollars n'ont aucune contrepartie matérielle réelle. Ce sont seulement des morceaux de papier dont la valeur n'excède pas celle de l'encre qui a servi à les imprimer. C'est parce qu'on commençait à observer un mouvement de fuite des placements en dollars au profit de l'euro que celui-ci a été attaqué de toutes les façons possibles par l'empire et par ses agents. Tels sont les faits. Dois-je citer la présidente du Medef quand elle s'en aperçut pour que cette thèse entre dans le débat public ?

La pétaudière du marché du carbone

Le prétendu "capitalisme vert" produit aussi des mirages dans la lutte contre le réchauffement. Par exemple, la ruée des industriels sur les solutions de captage et de stockage du CO2. Ce marché est estimé à 600 milliards d'euros en Europe. Il sert surtout de prétexte pour ne pas réduire les émissions elles-mêmes. Il en est de même du marché carbone, solution inefficace privilégiée par l'Union européenne. Ce marché a même dû être fermé par la Commission européenne en janvier 2011 parce qu'il était devenu une pétaudière disloquée par la spéculation. Il y a pire encore. L'aubaine financière liée aux techniques de destruction de gaz industriels à effet de serre a conduit des industriels à augmenter volontairement la production de ces gaz en Inde et en Chine pour pouvoir encaisser les aides financières liées à leur destruction. Il est vrai que ces aides représentent jusqu'à quatre-vingts fois le coût de production et de destruction de ces gaz. Ce gâchis et ces contre-performances sont consternants. Ils montrent bien combien l'élite dirigeante est au bout du rouleau, inepte, incapable, nuisible. Donc bonne à jeter.

L'heure de vérité

Je n'en reste pas à la satisfaction d'avoir su comprendre mon époque mieux que d'autres qui pourtant font la pluie et le beau temps chez les décideurs. La saison des tempêtes est commencée. En France comme ailleurs, l'heure de vérité approche. Ce système absurde se donne des coups tels qu'il peut se faire tomber lui-même. Mais quelle révolution commence autrement que par l'épuisement de l'ancien régime ? Bien sûr, il ne suffit pas qu'il tombe de lui-même pour que tout change en mieux. Il faut qu'un autre futur se dessine assez fortement pour que le commun des mortels se mette en mouvement et s'occupe lui-même de ce qu'il faut y faire. C'est dans ce défi que réside toute la formidable promesse de ce moment de l'histoire.

 


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