De libertés en crises

02 décembre 2011

Hollande rejette l’Europe de "Merkozy"

A Bruxelles, le candidat socialiste a défendu son pacte pour sauver la zone euro, condamnant par avance les propositions de Nicolas Sarkozy. 

Le slogan qui orne l’une des façades de la Commission européenne laisse songeur. "Vers une gouvernance économique européenne renforcée", proclame, en quatre langues, l’immense calicot bleu et or. Tout est affaire de foi. En pèlerinage à Bruxelles, François Hollande vient apporter sa pierre à l’édifice… A l’heure, où chacun comprend qu’il menace de s’effondrer !

Bientôt l’apocalypse de l’Euro ? L’actualité est brûlante et le candidat concentré. Dans le Thalys, il noircit fiévreusement plusieurs feuillets. Cette fois, il a un coup d’avance. Demain, à Toulon, Nicolas Sarkozy doit prononcer un "grand discours" sur l’avenir de l’Europe. Pas question d’en être les vulgaires commentateurs. Avant-même d’avoir entendu le "président sortant" (sic), les socialistes savent à quoi s’attendre : "Après Toulon 1, son discours sur la moralisation du capitalisme qui n’a rien changé, ce sera Toulon 2, une nouvelle supercherie", pronostique Harlem Désir dans la voiture bar du Thalys. Le député européen, interdit d’équipe de campagne par Martine Aubry, est le poisson-pilote de Hollande pour cette journée de contacts "à haut niveau". 

Au Parlement européen, les députés du groupe Socialiste et Démocrate réservent un chaleureux accueil au présidentiable français. "Après la chute du gouvernement Papandreou et la défaite de la gauche en Espagne, ils placent beaucoup d’espoir dans la campagne de François Hollande", commente Stéphane le Foll, hollandais et, lui aussi, député européen. Après cette rencontre en famille, Hollande donne une conférence de presse. Il ne croit pas du tout à la nécessité d’une révision des traités à laquelle travaille le tandem maléfique Sarkozy-Merkel. "L’urgence n’est pas de bâtir un nouveau traité dont l’adoption prendra des mois mais de lutter contre la spéculation", objecte le candidat socialiste. Sans vouloir commander les grands de ce monde, il propose un pacte en cinq points :

1/ Doter dare dare le Fonds de stabilité européenne ;

2/ Mutualiser la dette en créant des Eurobonds ;

3/ Faire enfin jouer à la Banque centrale européenne (BCE) un rôle actif ;

4/ Introduire une taxe sur les transactions financières ;

5/ "Prendre une initiative de croissance"

Facile !

Mais pas question d’admettre une quelconque "judiciarisation des traités". "Je n’accepterai jamais que la Cour de justice européenne devienne juge des dépenses d’un état", tranche Hollande.  Cet abandon de souveraineté  – les états déficitaires mis à l’amende par quelques eurocrates en col d’hermine - Sarkozy s’apprêterait à l’accorder à Merkel en échange d’une libération de la BCE, otage du monétarisme allemand depuis vingt ans. Pour Hollande et tous ses camarades socialistes - jusqu’à Montebourg, qui a comparé la chancelière à Bismarck - c’est non ! Niet ! Nein !

Le candidat socialiste repousse aussi la perspective d’un nouveau "club" des nations européennes les plus fortunées imaginé par "Merkozy". Ce "sauve qui peut" des triple A laissant tous les autres dans la panade serait bien peu solidaire.

Toute la journée, il a passé le message. A Catherine Ashton, haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères ;Michel Barnier, commissaire au marché intérieur ; Làszlo Andor, commissaire aux affaires sociales et José Manuel Barroso, président de la Commission. Nul doute que, dans le secret de leurs bureaux,  tous ces éminents eurocrates ont partagé le bon sens du président du Conseil général de la Corrèze.

Mais qu’en dirait Merkel ? Nein ? François Hollande jure qu’il saurait y faire. Sans arrogance mais en défendant les intérêts du pays. Il dit : "c’est une question de style". Si seulement…

Sylvain Courage - Le Nouvel Observateur

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