De libertés en crises

07 décembre 2011

Les banques «broient les plus fragiles»

Par LIBÉRATION.FR

Quand on parle précarité, on pense mal logement, difficultés d'accès aux soins, etc., on oublie trop souvent l'exclusion bancaire qui touche pourtant de plein fouet les plus fragiles. Difficultés d'accès à un crédit classique, frais de découvert exorbitants venant plomber un budget déjà faible, galère sans nom pour rencontrer un conseiller bancaire... La Croix-Rouge, le Secours catholique et l'Union nationale des centres communaux d'action sociale (Unccas) ont publé un manifeste ce mercredi pour alerter sur la question.

Plusieurs millions de personnes sont concernées, mais «c'est peut-être 4 comme 9 millions, c'est difficile à mesurer», tempère Alain Bernard du Secours catholique. D'où l'idée de mettre en place «un institut indépendant» chargé de mesurer l'ampleur du phénomène.

Si la quasi-totalité de la population dispose d'un compte bancaire (99%), tous les clients ne sont pas traités de la même manière. «Des milliers d'usagers n'ont pas un accès serein à leur compte. Il suffit juste qu'ils dépassent leur autorisation de découvert de 1 euro, pour se prendre 15 euros de frais. Des bénéficiaires des minima qui ont 450 euros pour vivre chaque mois se voient ainsi prélever d'emblée 150 euros de frais. Ce système broie les plus fragiles», dénonce Patrick Kanner de l'Unccas et également président du Crédit municipal de Lille.

«Il est urgent d'agir», alerte le trio d'associations. «L'exclusion bancaire provoque et aggrave la spirale de l'exclusion sociale», a souligné le professeur Jean-François Mattei, président de la Croix-Rouge française. Ses conséquences sont «extrêmement graves», a-t-il expliqué : «privations» pour payer les frais bancaires, renoncement à financer tout projet (et même des frais de santé ou un projet d'emploi), mal-être avec parfois la spirale du surendettement qui s'enclenche. Se voyant refuser l'accès à des crédits amortissables classiques par les banques, des milliers de personnes tombent dans le piège des crédits renouvelables — ces prêts contractés en quelques minutes dans les grandes surfaces avec des taux d'intérêts prohibitifs.

Dans leur manifeste, les associations proposent d'établir une «batterie d'indicateurs» pour mesurer les efforts des banques en faveur «de l'inclusion bancaire». Et ensuite pour les «inciter», à défaut de les contraindre, les associations souhaitent que soit mis en place une clause éthique dans les appels d'offre publics «qui permettrait de donner la préférence aux banques les plus éthiques», conclut François Soulage, le président du Secours Catholique. Pas sûr que cela soit très efficace.

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