De libertés en crises

02 janvier 2012

Crise systémique globale - USA 2012/2016 : Un pays insolvable et ingouvernable

- Communiqué public GEAB N°60 (15 décembre 2011) -
15/12/2011

 

 

 

Comme annoncé dans de précédents GEAB, notre équipe présente dans ce GEAB N°60 ses anticipations sur l’évolution des Etats-Unis pour la période 2012-2016. Ce pays, épicentre de la crise systémique globale et pilier du système international depuis 1945, va traverser une période particulièrement tragique de son histoire au cours de ces cinq années. Déjà insolvable il va devenir ingouvernable, entraînant pour les Américains et ceux qui dépendent des Etats-Unis des chocs économiques, financiers, monétaires, géopolitiques et sociaux violents et destructeurs. Si les Etats-Unis d’aujourd’hui sont déjà bien différents de l’ « hyper-puissance » de 2006, année de publication des premiers GEAB annonçant la crise systémique globale et la fin de la toute-puissance US, les changements que nous anticipons pour la période 2012-2016 sont encore plus importants, et vont transformer radicalement le pays, son système institutionnel, son tissu social et son poids économique et financier.

Parallèlement, comme à chaque mois de Décembre, nous évaluons nos anticipations pour l’année écoulée. Cet exercice trop rarement pratiqué par les think-tanks, experts et médias [1] est un instrument permettant à nos abonnés [2] comme à nos chercheurs de vérifier que notre travail garde bien une forte valeur-ajoutée et qu’il est en prise directe avec la réalité. Cette année notre score s’est légèrement amélioré et LEAP/E2020 atteint ainsi un résultat de 82% de succès dans ses anticipations pour 2011.

Nous détaillons par ailleurs nos recommandations concernant les devises, l’or, les bourses et les conséquences de la marginalisation du Royaume-Uni au sein de l’UE [3] sur la Livre, les Gilts et la dette britannique et nous formulons quelques conseils concernant les évolutions du système institutionnel américain [4].

Dans ce communiqué public nous avons choisi de présenter un extrait de notre anticipation sur l’évolution des Etats-Unis pour la période 2012-2016.

Mais avant d’aborder le cas américain, nous souhaitons faire le point sur la situation européenne [5].

De la non-dislocation de l’Euroland à la dislocation du Royaume Uni

Comme anticipé par notre équipe, le sommet européen de Bruxelles des 7 et 8 Décembre derniers a bien débouché sur deux évènements-clés :

. la poursuite de l’intégration de l’Euroland avec une accélération et un renforcement des intégrations budgétaires et financières et l’amorce d’une intégration fiscale [6]. Les gouvernements de la zone Euro, Allemagne en tête, ont confirmé leur volonté d’aller jusqu’au bout de ce processus, contrairement à tous les discours anglo-saxons et eurosceptiques qui depuis deux ans prédisaient que l’Allemagne abandonnerait l’Euro. Parallèlement, ils refusent de suivre le chemin de la Fed et de la Banque d’Angleterre en s’interdisant de faire tourner la planche à billets (Quantitative Easing) tant que la discipline budgétaire n’est pas assurée au sein de l’Euroland [7]. Les échecs évidents des QE aux Etats-Unis comme au Royaume-Uni [8] confirment la pertinence de ce choix qui permettra fin 2012 d’initier la création d’Eurobonds [9].

Evolution des bilans des banques centrales américaine, britannique, japonaise et européenne (2007-2011, base 100 en Juin 2008) - Source : Société Générale, 11/2011

En revanche, l’ « assurance » que le cas grec, d’ « imposition volontaire » d’une décote de 50% aux créanciers privés du pays, restera une exception est une promesse qui n’engage que ceux qui la croient. Elle a d’ailleurs été poussée par le président français Nicolas Sarkozy dont les concitoyens savent très bien, après cinq ans de pratique, que ses engagements n’ont aucune valeur durable et sont toujours de nature tactique [10].

. la marginalisation durable (au moins 5 ans) du Royaume-Uni au sein de l’Union européenne confirmant de manière éclatante que c’est bien l’Euroland dorénavant qui dirige les affaires européennes. L’incapacité de David Cameron à pouvoir rassembler ne serait-ce que deux ou trois des « alliés traditionnels » du Royaume-Uni [11] illustre l’affaiblissement structurel de la diplomatie britannique et le manque de confiance général en Europe sur la capacité du Royaume-Uni à surmonter la crise [12]. C’est aussi un indicateur fiable de la perte d’influence des Etats-Unis sur le continent puisque l’envoi du Secrétaire au Trésor Tim Geithner et du vice-président Joe Biden en maraude sur le continent quelques jours avant le sommet n’a servi à rien et n’a pas permis d’éviter l’échec britannique [13].

Comparaison des taux d’intérêts sur la dette actuelle et à 10 ans - Source : Figaro, 11/2011

Ce sommet aura donc en effet été historique, mais pas encore parce qu’il aura réglé les problèmes financiers et budgétaires européens. Comme nous l’avions anticipé en Décembre 2010, et comme Angela Merkel vient de le rappeler au Bundestag, le chemin de l’Euroland est un parcours long, complexe, et chaotique, à l’image de la route parcourue depuis les années 1950 en matière d’intégration européenne [14]. Mais c’est un chemin qui renforce notre continent et va placer l’Euroland au cœur du monde d’après la crise [15]. Si les marchés ne sont pas contents de cette réalité, c’est leur problème. Ils vont continuer à voir leurs actifs-fantômes s’envoler en fumée, leurs banques et hedge funds faire faillite, essayant en vain de faire grimper les taux sur les dettes européennes [16] avec pour résultat de voir les notes des agences de crédit anglo-saxonne perdre toute crédibilité [17].

Evolution des donations des principaux hedge funds au parti conservateur britannique (2001-2011) - Source : Financial Times, 12/2011

Ce sommet est historique car il confirme et dynamise le retour des pays fondateurs de l’UE aux commandes du projet européen et car il montre que loin d’assister à une dislocation de la zone Euro, le choc qu’a tenté David Cameron sur ordre des financiers de la City [18], aboutit à une accélération de la dislocation du Royaume-Uni [19]. Outre l’affrontement entre Libéraux-Démocrates et Conservateurs qu’a initié l’attitude de Cameron, fragilisant toujours plus une coalition déjà bien mal en point, cette marginalisation britannique suscite une opposition farouche en Ecosse et au Pays de Galles dont les dirigeants proclament leur attachement à l’UE et leur volonté, pour ce qui est de l’Ecosse [20], de rejoindre l’Euro une fois le processus d’indépendance mis en route vers 2014 [21].

Et, cerise sur le gâteau, la collusion entre la City et le gouvernement britannique est désormais un thème qui dépasse les frontières britanniques et renforce la détermination du continent à mettre sous contrôle définitif cette entité « hors la loi ». Comme nous l’avons décrit depuis Décembre 2009 et le début des attaques contre la Grèce et l’Euroland, la City, effrayée par les conséquences de la crise en matière de réglementation européenne, s’est lancée dans une attaque contre l’Euroland en gestation, mettant à son service le parti Conservateur et les médias financiers anglo-saxons [22]. L’épisode du récent sommet de Bruxelles marque une défaite majeure pour la City dans cette guerre de plus de plus publique, exposant au passage la rancœur d’une majorité de Britanniques non pas contre l’Euroland mais contre la City [23] accusée de parasiter le pays [24].

Avec 1 800 milliards £ d’argent public investis dans les banques pour éviter leur effondrement en 2008, les contribuables britanniques sont en effet ceux qui ont payé le plus cher le sauvetage des établissements financiers. Et le gouvernement anglais peut bien continuer à exclure cette somme du calcul de son endettement public en prétendant qu’elle est un « investissement », de facto, de moins en moins de monde imagine que les banques de la City se remettront de la crise, surtout depuis l’aggravation du second semestre 2011 : les actions achetés par l’Etat ne valent en fait déjà plus rien. Le « hedge fund UK » est au bord du précipice [25]… et grâce à David Cameron et à la City, il est isolé, sans personne pour lui venir en aide, ni en Europe ni aux Etats-Unis.

Avec la bulle chinoise [26] sur le point de rejoindre la récession européenne et la dépression américaine, la tempête de 2012 va déterminer si David Cameron et son ministre des Finances George Osborne sont de dignes descendants des grands navigateurs britanniques.

Evolution des coûts du frêt maritime Chine/Europe (en bleu) et Chine/USA (en rouge) (Septembre-Novembre 2011) - Source : Phantonomics, 12/2011

Mais revenons maintenant à l’extrait de notre anticipation sur l’avenir des Etats-Unis pour la période 2012-2016.

USA 2012/2016 : Un pays insolvable et ingouvernable

Dans ce GEAB N°60, notre équipe présente donc ses anticipations à propos de l’avenir des Etats-Unis pour la période 2012-2016. Nous rappelons que depuis 2006 et les premiers GEAB, LEAP/E2020 a décrit la crise systémique globale comme un phénomène caractérisant la fin du monde tel qu’on le connaît depuis 1945, marquant l’effondrement du pilier américain sur lequel cet ordre mondial a reposé depuis près de sept décennies. Dès 2006, nous avions identifié les années 2011-2013 comme étant celles au cours de laquelle le « Mur Dollar » sur lequel est assise la puissance des Etats-Unis allait se disloquer. L’été 2011, avec la dégradation de la note de crédit des USA par l’agence S&P a marqué un tournant historique et a confirmé que l’ « impossible » [27] était bien en train de se concrétiser. Il nous paraît donc essentiel de fournir aujourd’hui à nos lecteurs une vision anticipatrice claire sur ce qui attend le « pilier » du monde d’avant la crise au moment où cette crise est passée à la « vitesse supérieure » depuis l’été 2011 [28].

Ainsi, selon LEAP/E2020, l’année électorale 2012 qui s’ouvre sur fond de dépression économique et sociale, de paralysie complète de l’appareil d’état fédéral [29], de fort rejet du bipartisme traditionnel et de questionnements croissants sur la pertinence de la Constitution, inaugure une période cruciale de l’histoire des Etats-Unis. Au cours des prochaines quatre années, le pays va être soumis à des chocs politiques, économiques, financiers et sociaux comme il n’en a pas connu depuis la fin de la Guerre de Sécession qui, hasard de l’Histoire, débuta très exactement il y a 150 ans en 1861. Au cours de cette période, les Etats-Unis vont être simultanément insolvables et ingouvernables, transformant en « bateau-ivre » ce qui fut le « navire-amiral » du monde de ces dernières décennies.

Pour rendre compréhensible la complexité des processus en cours, notre équipe a choisi d’organiser ses anticipations en la matière autour de trois grands pôles :

1. La paralysie institutionnelle US et la dislocation du bipartisme traditionnel

2. La spirale économique infernale US : récession/dépression/inflation

3. La décomposition du tissu socio-politique US

La spirale économique infernale US : récession/dépression/inflation (extrait)

En effet, les Etats-Unis terminent l’année 2011 dans un état de faiblesse sans équivalent depuis la Guerre de Sécession. Ils n’exercent plus aucun leadership significatif au niveau international. La confrontation entre blocs géopolitiques s’aiguise et ils se trouvent confrontés à presque tous les grands acteurs du monde : Chine, Russie, Brésil (et plus généralement quasiment toute l’Amérique du Sud) et désormais l’Euroland [30]. Parallèlement, ils n’arrivent pas à maîtriser un chômage dont le taux réel stagne autour de 20% sur fond d’une réduction continue et sans précédent de la population active (qui est tombée désormais à son niveau de 2001 [31] ).

L’immobilier, fondement de la richesse des ménages US avec la Bourse, continue à voir ses prix chuter année après année malgré les tentatives désespérées de la Fed [32] de faciliter les prêts à l’économie via son taux zéro. La Bourse a repris sa baisse interrompue artificiellement par les deux Quantitative Easing de 2009 et 2010. Les banques américaines, dont les bilans sont beaucoup plus chargés en produits financiers dérivés que leurs homologues européennes, s’approchent dangereusement d’une nouvelle série de faillites dont MF Global est un signe avant-coureur, démontrant l’inexistence des procédures de contrôle ou d’alerte trois ans après l’effondrement de Wall Street en 2008 [33].

La pauvreté s’étend chaque jour un peu plus dans le pays où un Américain sur six dépend désormais des bons d’alimentation [34] et où un enfant sur cinq connaît des épisodes de vie dans la rue [35]. Les services publics (éducation, social, police, voirie, …) ont été considérablement réduits dans tout le pays pour éviter les faillites de villes, comtés ou Etats. Le succès rencontré par la révolte des classes moyennes et des jeunes (TP et OWS) s’explique par ces évolutions objectives. Et les années à venir vont voir ces tendances s’aggraver.

L’état de faiblesse de l’économie et de la société US de 2011 est paradoxalement le résultat des tentatives de « sauvetage » conduites en 2009/2010 (plans de stimulation, QE, …) et de la dégradation d’une situation « normale » pré-2008. 2012 va marquer la première année de dégradation à partir d’une situation déjà très détériorée [36].

Les PME, les ménages, les collectivités locales [37], les services publics, … n’ont plus de « matelas » pour atténuer le choc de la récession dans laquelle le pays est à nouveau tombé [38]. Nous avons anticipé que l’année 2012 allait voir une baisse de 30% du Dollar US par rapport aux principales devises mondiales. Dans cette économie qui importe l’essentiel de ses biens de consommation, cela se traduira par une baisse quasiment équivalente du pouvoir d’achat des ménages US sur fond d’inflation à deux chiffres.

TP et OWS ont donc de beaux jours devant eux car la colère de 2011 va devenir de la rage en 2012/2013…

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