De libertés en crises

08 janvier 2012

Taxe Tobin : la position de Paris gêne la finance française

Source : lefigaro.fr

Par Isabelle de Foucaud Mis à jour le 08/01/2012 à 13:19 | publié le 08/01/2012 à 13:03

L'association Paris Europlace, qui représente les acteurs de la place financière française, indique qu'elle s'oppose fermement à la mise en place d'une taxe financière qui, «si elle n'était pas européenne, affaiblirait l'économie française».
L'association Paris Europlace, qui représente les acteurs de la place financière française, indique qu'elle s'oppose fermement à la mise en place d'une taxe financière qui, «si elle n'était pas européenne, affaiblirait l'économie française». Crédits photo : ERIC PIERMONT/AFP

L'association Paris Europlace, qui représente les acteurs de la place financière française, s'oppose à la mise en place d'une taxe sur les transactions financières «purement française».

La finance française est en émoi. Alors que le débat sur la taxe sur les transactions financières, la fameuse taxe Tobin, a rebondi en Europe ces derniers jours, l'association Paris Europlace s'inquiète ce dimanche. Au nom des acteurs qu'elle représente, c'est-à-dire les entreprises industrielles (y compris les PME), les sociétés d'assurance, les sociétés de gestion, les banques et les intermédiaires financiers, l'association indique dans un communiqué qu'elle s'oppose fermement à la mise en place d'une taxe financière qui, «si elle n'était pas européenne, affaiblirait l'économie française». Concrètement, la volonté de Paris de s'engager seule sur le sujet inquiète le monde de la finance. La France «n'attendra pas que tous les autres soient d'accord» pour mettre en oeuvre la taxe sur les transactions financières, a assuré Nicolas Sarkozy vendredi, sans toutefois préciser de calendrier.

Une taxe «inappropriée»

Alors que le président a une nouvelle fois fustigé les dérives de la finance lors de ses voeux le 31 décembre, l'association présidée par Gérard Mestrallet, PDG de GDF Suez, rétorque que «la crise financière mondiale a connu son origine sur le marché américain, avec les dysfonctionnements du marché des subprime et les risques pris par les grandes banques d'investissement anglo-saxonnes.» La «City» à la française, elle, «a montré, depuis l'origine de la crise, une meilleure résistance et a poursuivi ses activités de financement de l'économie et des entreprises», souligne-t-elle. «Une taxe, sanctionnant spécifiquement l'industrie financière française, serait inappropriée.»

Outre ce sentiment d'injustice, Paris Europlace brandit une liste des conséquences néfastes d'une telle taxation sur l'économie française. Loin de toucher uniquement les «transactions considérées comme spéculatives», cette taxe affecterait également «les autres transactions réalisées par les investisseurs privés, les entreprises et les investisseurs institutionnels», prévient l'association. Par ailleurs, «sa mise en place représenterait un coût très lourd pour les banques françaises, les sociétés de gestion, comme pour les sociétés d'assurance, s'ajoutant au coût déjà élevé des nouvelles régulations financières mises en place (Bâle 3, Solvency 2)». Selon Paris Europlace, «c'est donc l'ensemble des établissements financiers, de leurs clients particuliers et entreprises, qui auraient à en souffrir si le projet est mis en œuvre».

Menace de «délocalisation» de la finance

Enfin, l'association brandit le spectre d'une «perte de substance» de la place financière de Paris. «Si cette taxe était appliquée seulement en France, elle entrainerait inéluctablement une délocalisation des activités concernées des banques, sociétés d'assurance et sociétés de gestion, au profit des grandes places financières mondiales», déclare Arnaud Bresson, délégué général de Paris Europlace, dans le communiqué. Des arguments qui ne semblent pas émouvoir le gouvernement. Benoist Apparu, secrétaire d'Etat au Logement, a affirmé dimanche sur Radio J qu'un texte serait discuté en Conseil des ministres «probablement en février». «Ce n'est pas parce que les financiers disent 'non on ne veut pas être taxés' qu'on va les écouter», a-t-il ajouté.

Ces déclarations risquent par ailleurs de crisper encore davantage les partenaires européens de la France. Suite à l'avertissement de Nicolas Sarkozy vendredi, Berlin avait réagi immédiatement, en rappelant que son objectif demeurait «l'instauration d'une taxe sur les transactions financières dans l'Union européenne». La chancelière Angela Merkel avait reçu dans la foulée le soutien du président du conseil italien, Mario Monti. Ce dimanche, le premier ministre britannique David Cameron est également intervenu. Il a réaffirmé son opposition à une taxe européenne sur les transactions financières, à moins qu'elle ne soit décidée au niveau mondial. Dans ce contexte, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel se retrouvent lundi à Berlin. L'occasion de «clarifier les positions des uns et des autres», a espéré Steffen Seibert, le porte-parole de la chancelière allemande, ce dimanche.

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