De libertés en crises

24 février 2012

L’actualité de la crise : LE RETOUR DES DÉBATS PLANÉTAIRES, par François Leclerc

Source : pauljorion.com

23 février 2012 par François Leclerc

La récession s’acccentue en Europe, selon les nouvelles prévisions de la Commission, qui se sont dégradées par rapport aux précédentes de l’automne. Parmi ses pronostics, celui concernant l’Italie est sans doute le plus préoccupant, car son PIB devrait diminuer de 1,3 %. Mais les prévisions varient suivant leurs auteurs. Celles du FMI sont en effet de -2,5 % pour l’Italie. Dans le cas de l’Espagne, la Commission prévoit -1 %, tandis que la Banque d’Espagne table sur -1,5 % et le FMI sur -1,7 %. Le gouvernement grec vient de son côté de revoir ses chiffres, pronostiquant une diminution de 6,7 % du PIB, au lieu des 5,4 % initialement inscrits au budget.

Les chefs d’État et de gouvernement de l’Union européenne des 1er et 2 mars vont tenter de dégager des pistes favorisant la croissance, mais ils divergent à propos de celles-ci. Les gouvernements allemand et français n’ont à proposer que les bienfaits de la coordination fiscale, tandis que 12 autres gouvernements, dont ceux de la Grande-Bretagne, de l’Italie et de l’Espagne, misent sur des recettes libérales : réduction des aides de l’État aux banques et assouplissement du marché du travail, levée des dernières barrières commerciales et libéralisation totale du secteur énergétique.

Dans une interview au Wall Street Journal, Mario Draghi, le président de la BCE, a clairement annoncé la couleur : « Il n’y a pas de compromis possible avec les réformes économiques et la nécessité de se serrer fiscalement la ceinture (…) Revenir sur les objectifs budgétaires provoquerait une réaction immédiate du marché». Il ajoute que l’austérité couplée avec des réformes structurelles est la seule voie disponible qui mène au renouveau de l’économie. A court terme, selon lui, les coupes budgétaires affectent l’activité, mais ces effets négatifs seront compensés par les réformes sur le marché du travail ainsi que par d’autres.

C’est sous ces auspices que va se tenir en attendant, en fin de semaine à Mexico, la réunion des ministres des finances des G20, qui va être beaucoup consacrée à la crise européenne. Les avertissements venant de tous côtés demandant aux Européens de renforcer leur pare feu en disent long sur le pronostic des membres du G20 pour la suite. C’est aussi une condition présentée comme préalable à toute réponse positive au FMI qui recherche 500 milliards de dollars de prêts pour intervenir de son côté.

Mais les récentes déclarations allemandes repoussant à plus tard toute discussion à propos de la mise en commun des moyens d’intervention du FESF et du futur MES, assorties de leur demande que le FMI mette plus au pot en faveur de la Grèce qu’annoncé (13 milliards d’euros) ne contribuent pas à faire avancer des discussions qui s’annoncent difficiles à Mexico.

A contrario également, les dirigeants chinois viennent de laisser entendre sur le site internet du ministère du commerce qu’une enquête européenne antidumping en cours était malvenue, l’assimilant à « un mauvais signal protectionniste qui jette non seulement une ombre sur le commerce régulier entre l’Europe et la Chine en matière d’acier, mais va nuire aux efforts conjoints sino-européens pour répondre à la crise ».

Principaux détenteurs mondiaux des réserves de devises, la Chine et le Japon viennent de rendre publique leur intention de « coordonner leurs efforts en faveur de l’Europe », partageant dans l’immédiat l’opinion que l’Europe « pouvait faire davantage ». Les Japonais ont cependant évoqué l’éventualité d’un prêt en le chiffrant à 50 milliards de dollars au FMI. Ce dernier en recherche dix fois plus, n’ayant enregistré à ce jour qu’une promesse de 150 milliards d’euros des Européens. Enfin, dans un article publié par le Financial Times, George Osbourne et Jun Azumi, les ministres des finances britannique et japonais, formulent le même préalable, rejoignant les Américains qui ont par ailleurs confirmé qu’ils n’entendaient de toute façon pas participer.

Plus assourdi, un autre débat ne va pas pouvoir être ignoré à Mexico. Aux États-Unis, la réglementation Volcker qui interdit la prise de risque sur les marchés financiers des banques de dépôts assurées par l’État, des holdings bancaires et de leurs filiales, est censée entrer en application le 21 juillet prochain. Cela donne lieu à un tir de barrage et à une avalanche de critiques des banques, relayées par les gouvernements des pays occidentaux, États-Unis exceptés. Notamment en raison d’une distorsion de la concurrence – l’un des grands crimes de la pensée libérale – tandis que les banques américaines, dont il est mis en avant qu’elles pourraient perdre 20 à 25 % de leurs revenus, la considèrent également comme une menace contre leur compétitivité. Que comprendre si ce n’est qu’il s’agit d’un prétexte ?

Mais la critique ne s’arrête pas là : le Trésor britannique estime ainsi que « une conséquence indésirable de l’interdiction serait une réduction de la liquidité sur les marchés obligataires internationaux ». Autre impardonnable crime et justification de toujours de l’existence des produits financiers les plus destructeurs.

Michel Barnier, le commissaire européen au marché intérieur et aux services, éclaircit pour sa part considérablement le dossier en soulignant dans une lettre aux autorités américaines que la proposition de régulation « soulève un certain nombre de préoccupations et pourrait avoir des implications disproportionnées par rapport aux objectifs qu’elle entend atteindre ». Relayé dans sa tentative par la Fédération bancaire française (FBF), qui regrette que la version présentée après intervention des régulateurs financiers américains couvre « un champ beaucoup plus large de transactions et d’activités de fonds que le Congrès n’en avait l’intention ».

Plus de 16.000 avis ont été adressés à ceux-ci dans le cadre de la consultation publique de trois mois qui a été lancée par les autorités américaines, dans le but manifeste de submerger et retarder son adoption, obtenant d’abord l’obtention d’un délai supplémentaire d’un mois pour espérer ensuite, non sans quelques raisons, que des assouplissements en résulteront.

L’un des objectifs poursuivis est de sortir sans équivoque les exchange trade funds (ETF) – la nouvelle arme de destruction massive – du champ d’application de la règlementation Volcker. Alors que ces produits ont été considérés par Paul Volcker lui-même comme permettant de masquer le risque spéculatif. La prochaine bombe financière potentielle comme successeurs des produits structurés opaques, pourrait-on ajouter.

Curieusement, on ne retrouve plus trace de l’argumentaire initial des banques selon lequel la nouvelle réglementation renforcerait le shadow banking en repoussant ces activités douteuses vers ce secteur non régulé, sur lequel le Conseil de Stabilité Financière (FSB) continue de se pencher, sans toutefois s’être encore relevé. Les frontières avec celui-ci sont de toute façon bien difficiles à cerner, les paradis fiscaux n’étant pas faits pour les chiens.

Enfin, afin d’enfoncer le dernier clou, George Osborne et Jun Azumi titrent leur article dans le Financial Times « Méfions-nous des risques d’une réglementation excessive », ce qui rend bien compte de l’air du temps.

Danièle Nouy, secrétaire générale de l’Autorité de contrôle prudentiel française en avait-elle conscience en déclarant à propos de la réglementation Bâle III que « quelques éléments méritent d’être revus », notamment le ratio de liquidité de court terme qui fait l’objet de farouches discussions qu’elle n’ignore pas ? Interrogé dans le cadre des négociations à propos de la restructuration de la date grecque, Jean-Louis Bonnafé, directeur général de BNP Paribas, joue-t-il les innocents en tentant de justifier le désengagement opéré par les banques sur le marché de la dette souveraine par les nouvelles règles comptables qui leur imposent de valoriser ces titres au prix du marché ? Puis en poursuivant sur le mode de la fausse interrogation : « Est-ce que, quand les règles ont été posées, tout le monde avait conscience de ces conséquences finales ? Je n’en suis pas sûr » pour en tirer la conclusion que « à ce moment là, il faut défaire ces règles » ?

Ce n’est pas la très limitée réglementation des ventes à découvert qui vient d’être adoptée par le parlement européen – elles pourront être temporairement interdites – qui va bouleverser le monde de la finance. Même si elle oblige les opérateurs qui recourent à des « ventes à nu » à « garantir » qu’ils pourront livrer les titres qu’ils promettent.

Les bourgeois peuvent dormir sur leurs deux oreilles, le guet veille sur leur sommeil.

Posté par titiactu à 21:16 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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