De libertés en crises

29 février 2012

L’actualité de la crise : QUAND LES FONDAMENTALISTES RELÈVENT LA TÊTE…, par François Leclerc

Source : pauljorion.com

27 février 2012 par François Leclerc

Les artisans de la crise profitent du désarroi qu’elle suscite, ainsi que de l’absence d’alternative portée par une force politique rassembleuse, pour tenter d’en imposer un mode de règlement qui leur soit favorable.

En premier lieu, ils fondent leurs meilleurs espoirs sur l’Asie, nouveau terrain de jeu en remplacement de ceux qui ne leur procurent plus les mêmes joies. Symbole de cette réorientation stratégique, la mégabanque HSBC en touche les premiers dividendes en annonçant des résultats financiers hors normes. Toujours à l’avant-garde, la Banque Mondiale vient de produire une étude intitulée « Chine : 2030 » dans laquelle elle préconise aux dirigeants chinois l’amoindrissement du secteur économique étatisé, l’ouverture aux capitaux étrangers, ainsi que la transformation du système bancaire afin qu’il soit gouverné par les règles du marché. « La Chine, analyse Robert Zoellick, son président, est à un tournant de son développement ». Le rapport poursuit en recommandant qu’elle « achève sa transition vers l’économie de marché » pour trouver son salut.

Mais ce chemin n’est pas bordé de roses. Les dirigeants chinois ont impulsé un modèle de croissance qui n’est pas soutenable, destructeur et générateur d’inégalités sociales accrues. Mais, tout en cherchant à l’infléchir et à rééquilibrer leur développement, ils entendent bien conserver entre leurs mains les leviers de commande.

De la même manière que leur développement industriel est à l’origine d’importants dégâts environnementaux et sanitaires, leur récente conversion aux jeux de la finance s’est traduite par la formation d’une gigantesque bulle financière et immobilière qu’ils peinent depuis à maitriser. Contrôlant étroitement le système bancaire, ils peuvent éviter les trop forts dérapages en finançant le roulement de la montagne de dette qui a été bâtie en l’espace de très peu de temps, mais la maitrise de l’inflation sur les produits alimentaires de base et la régulation d’un système financier informel en plein essor sont une autre affaire. Ce colosse a aussi des pieds d’argile.

Le jeu ne se révèle donc pas si simple, l’apprentissage en cours donnant lieu à de grosses bévues. Les financiers conquérants doivent composer avec le régime et sa base d’appui qui n’avance prudemment que pas à pas. Enfin, dans le domaine financier comme dans les autres, les nouveaux élèves chinois apprennent vite, formés aux meilleures universités occidentales, bénéficiant là aussi d’un transfert de technologie et de savoir-faire !

A l’opposé des bonnes affaires escomptées en Asie (la Chine étant le plus gros pactole), les pays occidentaux sont devenus un boulet au pied : il n’est plus envisageable pour l’industrie financière d’y dégager les mêmes marges et pour les entreprises transnationales d’y faire les mêmes affaires. Le désendettement s’y révèle chaotique et de longue durée, l’économie y est en panne et à la recherche de leviers de croissance, à l’exception des pays qui s’appuient sur l’exportation mais qui sont néanmoins atteints.

La stratégie de désendettement choisie ne permettant que de gagner du temps, la problématique de la relance économique devient la clé dans le but de mettre celui-ci à profit. Mais pour quoi faire ? La décision de faire supporter l’essentiel de la charge de désendettement aux États et aux salariés, pour préserver les rentiers, est générateur d’une longue récession – dont la durée est tue – qui rend l’exercice très incertain au final.

Autre conséquence de cette option, moins apparente mais potentiellement dangereuse, les mesures de régulation financière sont restées très limitées en dépit des promesses de départ faites dans l’affolement. Il s’est vite révélé nécessaire de laisser la bride sur le cou au système financier, afin de lui permettre de générer les ressources de son propre aggiornamento. Et de nouvelles armes de destruction massive comme les ETF (Exchange-traded funds) ont pris la succession des précédentes, le secteur du shadow banking toujours étroitement interconnecté avec le secteur officiel de la finance, car ils ne font qu’un. Tout peut à nouveau arriver au sein d’un système financier opaque et hypertrophié, c’est la rançon de la gloire, qu’on tente de maitriser en accumulant dans les banques un matelas de fonds propres destinés à absorber le prochain choc.

L’économie occidentale est malade de l’addiction à une drogue qu’elle ne peut plus se procurer comme avant. Elle doit réduire son endettement après avoir prospéré à crédit. Quel moteur de substitution est-il possible de lui trouver ? Les fondamentalistes de la pensée unique libérale n’ont qu’une seule recette toute trouvée à proposer : associer la diminution du coût du travail, des retraites et de l’aide sociale à l’amoindrissement du rôle de l’Etat. C’est le programme de réformes structurelles qu’ils entendent imposer – avec pour argument qu’il n’y a pas d’alternative réaliste – niant au nom de leurs dogmes celles qui devraient avoir pour objet de remettre la finance à sa place, c’est à dire au service de l’économie.

Ses conséquences sociales ne sont encore qu’entr’aperçues. L’ascenseur social en panne, la menace ambiante de la précarité prend la succession du mythe de la prospérité pour tous. Les inégalités sociales sont vouées à s’accentuer, la concentration de la richesse à progresser, le statut des classes moyennes à se déliter par le bas. Tout en bas de l’échelle sociale, la « tiers-mondisation » s’installe, accompagnée d’une montée de l’informalité que l’on croyait réservée aux pays émergents. Tel est le nouveau modèle social en cours de développement qui va accompagner la poursuite de la crise, sur la lancée de ce qui est engagé. Il obéit à la logique selon laquelle les rentiers doivent être à tout prix préservés.

Au plan politique, on observe la mise en place progressive d’un nouveau dispositif de contraintes. Des traités sont adoptés et des règles constitutionnelles édictées chaque fois que possible, tandis qu’il est fait appel au pouvoir de juridictions suprêmes devant lesquelles il n’est possible que de s’incliner. Le réel pouvoir s’exerce de moins en moins là où il est soumis aux règles perverties de la démocratie représentative et de plus en plus dans des sphères inaccessibles. L’État est présenté comme impuissant devant le marché.

Si l’on s’interroge sur les chances des fondamentalistes d’avoir en fin de compte gain de cause, constatons avant toute chose qu’ils sont leur principal ennemi, en raison de dénis et de croyances qui ont en commun d’alimenter la dynamique de la crise. Leur programme n’est tout simplement pas réaliste. C’est un juste renversement de leur propagande que de leur retourner cette vérité dorénavant confortée par la grande perdition qu’ils ont déclenché.

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