De libertés en crises

26 mars 2012

Mario Draghi appelle les banques à verser moins de dividendes et de bonus

Source : lesechos.fr

Devant l'Association des banques allemandes, le président de la BCE a défendu pied à pied les mesures décidées depuis la fin 2011 par l'institut francfortois, et notamment les crédits avantageux consentis aux banques de la zone euro, à hauteur de 1.000 milliards d'euros.

Ecrit par
Karl de MEYER
Correspondant à Berlin

Mario Draghi appelle les banques à verser moins de dividendes et de bonus

Le président de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi, poursuit son offensive contre tous ceux qui ont critiqué, ces dernières semaines, la politique de l'institut d'émission qu'il préside. Invité à s'exprimer lors de la réception annuelle de l'Association des banques allemandes, ce soir à Berlin, il a défendu pied à pied les mesures décidées depuis la fin 2011, et notamment les crédits avantageux consentis aux banques de la zone euro, à hauteur de 1.000 milliards d'euros.

Rappelant le climat de grande défiance qui régnait encore en novembre 2011 dans le secteur financier, il souligne que les banques de la zone euro ont déjà émis en 2012 pour 70 milliards d'euros de dette senior non garantie, bien plus que tout au long du second semestre 2011. Il y voit le résultat des opérations de refinancement à 3 ans menées depuis décembre. Selon Mario Draghi, l'argent ainsi injecté finit bien dans l'économie réelle, et n'est pas utilisé par les banques pour faire du profit en le plaçant dans des produits mieux rémunérés. Il en est persuadé : « l'argent est maintenant plus près qu'auparavant des PME ».

Il en veut pour preuve que, sur les 800 banques qui ont pris part aux opérations de refinancement, des centaines sont de tous petits établissements. Au sujet de la qualité des garanties (collatéraux) acceptés en contrepartie de ces refinancements, Mario Draghi rappelle que les critères d'éligibilité de ces actifs, approuvés par le Conseil des gouverneurs, seront revus en permanence. Les banques centrales nationales n'ont que des marges de manoeuvre limitées dans l'appréciation de ces collatéraux. Qui plus est, l'Eurosystème applique une décote sévère sur les actifs qui lui sont présentés. Si jamais leur valeur de marché devait chuter, de nouvelles garanties seraient exigées.

Augmenter la capacité des banques à résister aux chocs

Enfin, sur la question d'un possible retour de l'inflation, le patron de la BCE rappelle que l'agrégat M3 n'a progressé que de 2,5 % en janvier 2012, soit à un rythme inférieur à la moyenne depuis la création de l'union monétaire. Si besoin était, l'Eurosystème aurait des outils rapides à sa disposition pour résorber les liquidités offertes. Une augmentation des exigences réglementaires sur les réserves, par exemple. Pour calmer les angoisses de responsables politiques allemands très facilement inquiets sur la stabilité des prix, Mario Draghi rappelle que le bilan de la BCE a déjà beaucoup enflé (puis rétréci) dans le passé, notamment en 2009 et 2010, sans que l'inflation s'emballe.

Revenant sur les déséquilibres au sein du système de paiement Target 2, qui reflète les flux financiers au sein de la zone euro, il estime qu'ils ne font que refléter des déséquilibres « réels et financiers » entre pays de la zone euro. « Restaurer la normalité au sein de Target 2 exige de traiter les causes, les déséquilibres sous-jacents, et pas les symptômes, à savoir le système de paiement ». Cela n'est pas du ressort de la police monétaire, mais des Etats-membres, selon lui.

Souvent critiqué en Allemagne comme un banquier central trop accommodant, acquis à la cause des pays les plus fragilisés de la zone euro, il cite Berlin en exemple pour les réformes structurelles mise sen oeuvre depuis le début des années 2000. « Ces réformes ne se sont pas immédiatement traduites par plus de croissance et plus d'emplois », a-t-il averti. Saluant le nouveau traité budgétaire en cours de ratification, et les efforts menés par l'Italie et l'Espagne, Mario Draghi appelle toutefois à ne pas baisser la garde. Les banques doivent absolument, selon lui, profiter de l'environnement favorable actuel pour augmenter leur capacité à résister aux chocs, notamment en retenant les bénéfices au lieu de les distribuer en dividendes et bonus.

KARL DE MEYER, À BERLIN

Photo : DR

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