De libertés en crises

29 mars 2012

"De plus en plus de professions ne permettent pas de franchir le seuil de pauvreté"

Source : lexpress.fr

 Propos recueillis par Marie-Dominique Dubois - publié le 29/03/2012 à 18:53

De plus en plus de Français se situent sous le seuil de pauvreté, à moins de 954 euros par mois. Y compris parmi les personnes ayant un travail. C'est le constat inquiétant de Observatoire national de la pauvreté et de l'exclusion. Interview du secrétaire général Didier Gelot.

Reuters/Regis Duvignau

Loin de reculer, la pauvreté progresse en France: elle concerne aujourd'hui plus de 11 millions de personnes. C'est ce que révèle le rapport de l'Observatoire national de la pauvreté et de l'exclusion sociale (Onpes) publié jeudi, qui dresse un tableau inquiétant en compilant une vingtaine d'indicateurs datant de 2009, dernière année disponible. Le point avec Didier Gelot, secrétaire général de l'Onpes.

Quelles sont les grandes tendances du rapport?

Didier Gelot: Premier constat, le taux de pauvreté en France augmente depuis 2004. Alors qu'il était de 12,6%, il s'élevait à 13,5% de la population en 2009, soit 8,2 millions de personnes pauvres, vivant avec moins de 954 euros par mois. Quant aux personnes en situation de grande pauvreté, c'est-à-dire en dessous du seuil de 640 euros mensuels, elles sont au nombre de deux millions. Sans compter les personnes touchées par des "privations matérielles sévères de biens et de services" ou une "très faible intensité de travail". Ce qui représente au total plus de 11 millions de personnes. En tout, 700.000 personnes cumulent ces trois indicateurs.

La pauvreté s'accentue chez les familles monoparentales, soit deux à trois fois plus que l'ensemble de la population, chez les enfants où le taux est de 18% et chez les jeunes de 18 à 24 ans. Et la pauvreté est encore plus présente en zones urbaines sensibles (ZUS), où le taux de pauvreté s'établit à 32%. Et près d'un jeune sur deux de moins de 25 ans habitant en zone urbaine sensible est pauvre. Deuxièmement, on ne parle pas assez de la pauvreté en milieu rural. Moins de personnes sont touchées qu'en zone sensible, mais le taux de pauvreté est supérieur qu'en zone urbaine. En 2008, il était de 14,4%. Il s'agit principalement de néo-ruraux et de paysans paupérisés.

Enfin, on peut gagner sa vie, avoir un travail et vivre en dessous du seuil de 954 euros par mois. C'est un phénomène qui s'accentue, il touche aujourd'hui 7% de la population. C'est particulièrement le cas pour les femmes seules avec enfant. De plus en plus de professions ne vous permettent pas de franchir le seuil de pauvreté, c'est notamment le cas dans le secteur du service à la personne, dans la restauration, l'agriculture.

Comment peut-on expliquer cette augmentation de la pauvreté ?

On observe qu'il y a eu un tournant dans les années 2000. Pourtant, c'était avant la crise, mais depuis dix ans le travail est de plus en plus précarisant, grisant. Certains sont exclus du marché du travail et la crise a accentué ces phénomènes déjà présents. Elle n'a pas tout fait, mais elle les a rendus de plus en plus aigus. Sur le marché du travail, le CDI (contrat à durée indéterminé) a laissé place à des contrats courts, des temps partiels.

Par ailleurs, le nombre et la fréquence des missions intérimaires se réduisent, tandis que la sous-traitance se développe y compris pour les postes qualifiés de l'industrie. Il faut avant tout une vraie politique de l'emploi.

Quelle est la situation de la France par rapport aux autres pays européens ?

La France fait partie des pays où le taux de pauvreté demeure un des plus modérés. Si l'on compare avec des pays voisins comme l'Espagne, l'Italie, l'Allemagne, le système de protection sociale de la France a permis de diviser par deux le nombre de pauvres. Aujourd'hui, sans aides sociales, le taux de pauvres serait de 20%. L'effet a été net sur la réduction du taux de pauvreté, reste le niveau des minima sociaux. Par exemple, le RSA (revenu de solidarité active) se situe aux alentours de 450 euros par mois, en dessous du seuil de pauvreté. Or le pouvoir d'achat s'est dégradé depuis les années 2000. Les minima sociaux sont n'étaient que peu revalorisés ces dernières années. Le conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et l'exclusion prône une revalorisation de ces minima sociaux de 25%.

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