De libertés en crises

31 octobre 2012

Déception, colère et alternatives

Je reprend ce blog que j'avais depuis si longtemps mis de côté suite au changement de majorité et du recul nécessaire à prendre, indispensable. Je vois qu'il est toujours fréquenté assidument malgré tout et cela me fait plaisir.

Je reprend donc le clavier pour faire part de mon immense déception. Certes, mon choix de premier tour n'était pas le PS. Et j'étais donc très méfiant de mon choix de second tour. Le PS m'a toujours décu. Et donc, ça continue. Certes, la crise est passée par là. Mais les chiffres sont accablants. En tout juste six mois, François Hollande voit sa cote de popularité baisser à 36% tandis que Jean-Marc Ayrault se retrouve plus bas encore, à 34%. Du jamais vu en si peu de temps dans l'histoire pourtant mouvementée de la Vème république.

J'ai une pensée pour les militants PS, femmes et hommes de conviction trempée bien à gauche, devant la débâcle de ce gouvernement six mois seulement après l'élection de François Hollande. Ils vont devoir subir quolibets, voire insultes, dès maintenant, alors que leurs chefs montrent chaque jour leur niveau d'impréparation et d'improvisation. Pire, dans cette histoire, aucune mesure de gauche dans le domaine économique ne pointe le bout de son nez, et la souveraineté du pays a été bradée lors de l'adoption du TSCG européen, après la première capitulation de Hollande, devant l'Allemagne droitière d'Angela Merkel puisque le traité qu'elle avait négocié avec le précédent Président français (de droite) a été ratifié à la virgule près. Les militants, après avoir avalé cette première couleuvre, voient la proposition n°7 du programme du nouveau Président (séparation des activités de spéculation et de depôt des banques) sérieusement chahutée par le Ministre de l'Economie en personne, Pierre Moscovisci. Je ne reviendrai pas sur la tribune publiée ce week-end par les patrons du CAC 40 qui, défiant la décision démocratique du Peuple en mai dernier, demandent à François Hollande d'appliquer à peu près le programme de Nicolas Sarkozy. Programme de compétitivité dont on nous rebat les oreilles avec l'arrivée du rapport Gallois dont on sait tout avant de l'avoir vu, cacophonie encore. Cela a au mois le mérite de situer clairement la proximité de l'UMP avec la Haute bourgeoisie française, pour qui l'ignorait encore. Ce seul constat me permet de ne pas trop regretter mon choix de second tour. Ceci étant dit comment ne pas penser avec amertume au défilé des ministres socialistes (pas moins de dix dont le premier d'entre eux) début septembre aux Universités d'été du MEDEF dont la patronne, qui avait clairement annoncé son intention de voter pour Nicolas Sarkozy, ne représente bientôt plus que des entreprises spécialisées dans la finance de haut vol. Ses sorties sur la hausse de la TVA commencent à insupporter même les petits patrons de l'économie réelle, par exemple l'UPA (Union Professionnelle des Artisans) qui n'a pas oublié les dégâts causés sur les carnets de commande par la dernière hausse de la TVA par Alain Juppé en 1995 (on se rappelle comment ça avait fini pour lui) ainsi que l'Usgeres (groupement d'employeurs) rappelant que la patronne des patrons s'était contentée d'un transfert de charges de 12 Milliards sous Sarkozy et qui demande maintenant 40 Milliards à Hollande). Non vraiment, vu sous cet angle, il n'y a pas à regretter d'avoir fait perdre Sarkozy.

Ceci dit, comment ne pas être consterné par l'amateurisme et le manque de courage de ce gouvernement. Hollande pour être élu avait ratissé large, cela conduit à une action illisible, car quand on est à la tête d'un pays comme la France, il faut trancher, surtout en période de crise. A quoi assiste-t-on? A la multiplication des commissions Théodule, les décisions étant sans cesse repoussées, les déclarations contredites d'une semaine sur l'autre, les actions remises à plus tard, dans l'attente de résultat de négociations qui n'en finissent jamais, pour aboutir à des compromis mi-chèvre mi-choux, ne satisfaisant personne au bout du compte, ajoutant de la cacophonie à toujours plus de cacophonie. Mon sentiment est qu'il n'y a malheureusement rien à attendre de gens si pleutres envers les puissants et si arrogants sur les plateaux de télévision, rejoignant parfois les sommets auxquels on avait assisité ces dernières années avec le gouvernement précédent. Beaucoup voulait la gauche, ils ont la gauche de droite. Celle qui tergiverse car voulant appliquer un programme libéral de droite sans décevoir ses électeurs de gauche. Et donc bloquée dans cette posture perdante, elle n'arrivera à rien. Sauf à décevoir tout le monde : et le Centre, et la Gauche, et, bien sûr, la Droite, mais pour ces derniers, ça ce ne devrait pas être un problème pour un parti dit "de gauche".

Alors quelle suite donner à cette histoire. Personne ne le sait mais il est évident que cela va profiter à la droite. Pas suffisamment cependant pour qu'elle reprenne le pouvoir rapidement, en crise elle aussi avec son aile la plus à droite, se rapprochant de plus en plus des thématiques de l'extrême-droite dans la recherche des nombreux boucs émissaires (syndicats, assistés, immigrés, ...) et un Centre en train de se reconstruire autour de la personnalité de Jean-Louis Borloo, car comme disait François Mitterand, "le Centre n'est ni de gauche, ni de ....gauche". La preuve en a été donnée encore par l'échec de l'aventure Bayrouiste. Le Centre a toujours été et restera toujours à droite. Ceci dit et si les choses s'aggravent, il est possible que Bayrou soit appelé par Hollande en tant que Premier Ministre, dans l'optique de créer un gouvernement d'Union Nationale, avec des personnalités de droite, du Centre et de gauche. Que ce soit Bayrou ou un autre, on va tout droit vers ce gouvernement d'Union Nationale. Cela signerai l'échec total du Parti Socialiste et sa fin programmée, et ne règlerait aucun des problèmes auxquels nous sommes confrontés, pour faire court la plus grande crise du libéralisme et sans doute aussi sa fin, les gens appelés dans ce gouvernement d'Union Nationale, qu"ils soient de droite, de gauche ou du centre, ayant servi ce modèle libéral depuis 30 ans, les socialistes ayant été paradoxalement les plus en pointe dans ce domaine dans les années 80 avec le tournant de la rigueur, la dérégulation de la place boursière parisienne et de la finance en général avec de "grands" hommes soi-disant de gauche comme Delors, Rocard, Bérégovoy et les années Tapie, et plus tard sous Jospin avec la grande vague des privatisations (rappelons ici juste que Jospin avec DSK comme ministre de l'économie avaient plus privatisé que la droite n'avait osé le faire (on a vu comment le système capitalisto-médiatique l'a ensuite récompensé, Hollande devrait s'en rappeler avant d'envoyer ses ministres se prosterner devant Saint MEDEF), cela doit sûrement être dû au complexe de la droite qui avait très peur de se faire passer pour le vilain valet des grands bourgeois, aujourd'hui le terrible Monsieur Copé parle de "droite décomplexée", le monde tremble sur ses fondations; je plaisante mais plus sérieusement, qui croit encore à la posture de Copé : tout le monde a compris que tout cela n'est qu'un jeu de rôle auquel lui-même ne croit pas; il veut juste se différencier de Fillon dans la course à la présidence de l'UMP, car face à Fillon il n'a aucune chance).

Reste le large mouvement, radical et grandissant, du Front de Gauche, qui sous l'impulsion de Jean-Luc Mélenchon et de l'impact de sa campagne pour la Présidentielle, fédère de plus en plus de monde. On parle aujourd'hui d'une forte désertion des militants d'Europe Ecologie Les Verts qui ne comprennent plus la logique de l'alliance avec une gauche de "droite". L'aile gauche du PS commence à s'inquiéter des hésitations de l'appareil de Solférino, dont le déclin semble acté et entériné par l'élection de Harlem Désir à la tête de ce parti (symbole à lui tout seul du vide programmatique du Parti Socialiste, ne trouvant rien d'autre que s'en prendre à Sarkozy lors de son investissure à la tête du PS, (hé! ho! Sarkozy n'est plus là, il faudrait se réveiller! mais c'est beaucoup plus facile de taper sur la droite que de présenter un projet alternatif et cohérent, vraiment de gauche) ou à Copé pour mieux cacher ce vide intellectuel récurrent), une des élections les moins bien gagnées de l'histoire du PS puisque l'aile gauche y a obtenu un score honorable, qui plus est par un inconnu notoire, Emmanuel Maurel. Il y a dirait-on des signes qui ne trompent pas. Plus ce gouvernement déçoit et plus une alternative à gauche devient crédible. Le Front de Gauche est aujourd'hui le mieux placé, avec les avantages que cela représente en termes de lisibilité, mais aussi les inconvénients en terme de radicalité. Radicalité nécessaire, concrète mais risquée. Il convient alors de revenir sur cette notion de risque qui est toujours un arbitrage entre ce que l'on a à perdre et ce que l'on a à gagner. Nul doute qu'au rythme où vont les choses, il n'y aura bientôt plus rien à gagner pour personne à préserver coûte que coûte ce statu quo politique français entre PS et UMP, clochermerle permanent et lassant, sans envergure, sans ambition, sinon celle de personnalités avides de pouvoir et de notoriété. Cela n'intéressera bientôt plus personne, j'en prends le pari ici.

TL

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