De libertés en crises

01 décembre 2012

Surpuissance autodestrutrice (deuxième partie)

J’ai tenté la semaine dernière de présenter une explication personnelle des processus en cours, qui travaillent la société depuis des décennies de manière sournoise et invisible, mais qui apparaissent aujourd’hui aux yeux d’un nombre de personnes de plus en plus importants. Certains phares de cette pensée-là, auprès de qui je prends un nombre incalculable de notes depuis quelques années, montrent un chemin rationnel et sage, mais leurs prescriptions ne sont toujours pas prises en compte. On assiste cependant à un éveil des consciences, le chômage massif et la détresse sociale entraînant deux types de comportements radicalement opposés : l’instinct de survie aveugle menant aux pires extrémismes racistes et égoïstes ; l’ouverture à d’autres modes de comprendre le monde et son environnement.

J’ai eu la surprise de lire ici ou là des analyses se rapprochant de ce que j’écrivais la semaine dernière. Ici, Paul Jorion parle hier vendredi de chute de l’Empire Romain dans sa vidéo du vendredi, là Mélenchon donne cette semaine sur son blog une analyse de la situation proche de la mienne mais bien plus talentueuse, notamment sur les forces en cours, qui peuvent sembler anodines, mais qui sont en fait fondamentales. Et là encore, un article intéressant cette semaine sur le site OWNI, décrivant les résistances au changement dans le domaine de l’Internet, même si pour ce dernier article, la dimension sociale est à mon goût trop négligée. Mais globalement, les lignes de forces sont bien mises en évidence et une convergence de vue existe réellement sur la crise de civilisation, qui est bien plus qu’une succession de cycles économiques, comme semble le croire le Président de la République. Cette vieille croyance économique des cycles de crises puis de croissance fonctionne dans un cadre où les piliers de la civilisation sont constants. Or aujourd’hui, toutes ces constantes sont déréglées, en termes mathématiques, il conviendrait donc de parler de variables, mais nos dirigeants actuels sont incapables de les distinguer et de les définir, attachés qu’ils sont au paradigme de l’Ancien Monde en train de s’écrouler. Il faudrait donc prendre en compte ces nouvelles variables pour reprendre le contrôle de la situation. L’une d’entre elle dont je veux discuter aujourd’hui est la variable environnementale. La crise écologique est en effet la mère de toutes les autres.

Reprenons depuis le début. Suite au Krach de 1929, des hommes politiques progressistes comme Roosevelt sont élus et pratiquent des politiques de relance et de progrès social. Après la deuxième Guerre Mondiale, la déclaration de Philadelphie est traduite en actes dans la plupart des pays occidentaux. En France, le CNR (Conseil National de la Résistance), sous l’impulsion des résistants communistes mais aussi avec l’aide des forces centristes, souverainistes (De Gaulle) et socialistes, instaure des politiques de grands travaux et de progrès sociaux. Toutes les grandes entreprises françaises aujourd’hui sont issues de cette impulsion étatique d’après-guerre.

Mais la contre-révolution libérale s’organise et, à force de discours démagogiques (discours sociétaux qui séduisent l’électorat sur l’assistanat et le racisme par exemple) et d’experts économiques auto-proclamés puis primés par des prix Nobel d’économie (Hayek, Friedman), finit par aboutir à l’avènement de Reagan et Thatcher au pouvoir au début des années 80. Les politiques élaborées prônent toutes un désengagement de l’Etat dans l’économie, une privatisation accélérée des activités, et une dérégulation des forces néfastes de la Finance Internationale. Les dirigeants des entreprises, dont le rôle est d’arbitrer le partage de la plus-value avec les employés, s’alignent, par le biais des primes et stock-options, sur l’intérêt des actionnaires, et délaissent clients et salariés pour se partager une manne qui ne leur appartient pourtant pas entièrement. Ils délocalisent leurs industries dans les pays à faible valeur sociale et écologique pour bénéficier du différentiel entre coût de production à bas prix et vente hors de prix dans les pays d’origine. Cela aboutit à une paupérisation de la classe moyenne occidentale, obligée de s’endetter pour continuer à garder un niveau de vie correct, cet endettement profitant en retour au monde de la Finance rapace via le jeu des intérêts d’emprunts.

C’est exactement à ce moment-là que l’enjeu écologique entre dans la conscience, bien qu’oeuvant en sous-marin depuis le début de l’histoire. La crise financière explose en 2008 par un niveau d’endettement insupportable pour les ménages, les entreprises et les Etats. L’histoire retiendra de cette période la calamiteuse succession de sommets internationaux où les dettes, qui ne sont jamais remboursées, passent des mains des banques à celles des Etats, puis vice-versa, jusqu’à être détenues par les banques centrales, et c’est là que la fin de la récréation va être sifflée, puisque les banques centrales vont devoir faire payer leurs actifs pourris à leurs Etats respectifs, donc à leurs contribuables, d’où les politiques d’austérité menées à grande échelle aggravant la pénurie.

Une solution serait donc que les pays excédentaires, comme les BRICS émergeants, ne pouvant plus écouler leur production dans les pays occidentaux appauvris par l’austérité, fassent monter le niveau de vie de leur population. Et c’est là que le mur écologique apparaît au grand jour. Il faudrait en effet 4 planètes si tous les habitants de la Terre avaient le niveau de vie des américains. Ce n’est donc pas jouable, les Chinois le savent, qui maintienne la quasi-totalité leur population dans un dénuement qui serait jugé inacceptable par bien d’autres peuples. Des tensions des mouvements de grève fleurissent partout sur le territoire chinois, la population commence à vouloir son dû de la croissance gigantesque chinoise.

Si nous ne réformons pas nos modes de vie rapidement, la surpuissance de cette économie de dette va réduire la planète en cendres, d’une manière ou d’une autre. Les dettes sont des exploitations futures des ressources promises aux créanciers. Quand on voit le niveau de dettes atteint (des milliers de milliards de dollars), l’exploitation des ressources de la planète entière ne suffirait pas. Ici la surpuissance d’un modèle financier qui nie totalement les limites naturelles de l’écosystème, entrainera sa propre autodestruction et celle de la planète si on ne change pas de cap très rapidement. C’est pourquoi l’autodestruction de ce système est un préalable à toute réforme intelligente. Avec les risques que cela va engendrer. Les créanciers non remboursés, s’ils ont des liens forts avec des Etats fortement militarisés, ne vont pas se laisser faire, et plus ils résisteront, plus dures sera le prix à en payer. C’est pourquoi je ne crois pas à un renversement national, Etat par Etat, dont on connait le danger, mais à un renversement tansnational, avec les Peuples prets à passer dans la transition vers le nouveau Monde, pour commencer, et ainsi contaminer l’ensemble des populations, tel que la Révolution Française avait contaminé l’ensemble des régimes politiques mondiaux en passant des tyrannies monarchiques aux premières républiques. L’ambition de ce changement est de cette ampleur, mais le renversement du cycle actuel de surpuissance et d’autodestruction peut être douloureux.

Personne ne sait quelle tendance, entre celle de l’égoïsme de survie, qui prolonge les problèmes, et celle de l’ouverture à un nouveau paradigme, l’emportera.

Posté par titiactu à 11:43 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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