De libertés en crises

23 mars 2013

La Faute

Dans ce billet, je reviens sur l’épisode chypriote en cours.

La faute. Dans la mythologie, la Faute est la première étape d’un sentier initiatique conduisant à la Chute. L’utilisation anthropologique de la mythologie fera bien sûr sourire tous les caciques du système libéral qui ne raisonnent que par les gains immédiats et n’ont que faire des trésors de réflexion accumulés par des siècles d’aventure humaine. Ils feraient bien de replonger dans leurs livres d’histoire plutôt que de continuer à consulter leurs manuels de trading, déjà périmés, qui sont à la compréhension du Monde ce que la collection « nous deux » est à la littérature. Mais soit, entrons dans le vif du sujet.

Notre société capitaliste est assise sur quelques principes de base qui la tiennent encore debout. L’un des plus importants (on peut être favorable ou défavorable à ce principe) est la sacro-sainte propriété privée, qui a résisté à toutes les révolutions. Ce principe de propriété privée devient l’une des bases de la Constitution française (reprise depuis partout dans le monde) depuis la Grande Révolution de 1789 qui voit donc le triomphe de la bourgeoisie sur la noblesse, après bien des péripéties et avec l’aide du Peuple. Le Peuple, bien sûr, à qui on garantissait l’accès à cette propriété privée, comme le fruit de son travail et la matérialisation du mérite d’années d’étude récompensées. La méritocratie à la française était l’alibi des puissants pour justifier aux yeux du Peuple la protection de la propriété privée à laquelle le Peuple avait désormais droit, soi-disant.

Ce principe était partout retranscris en lois, comme dans les traités européens, où il était promis que les dépôts privés, résultats d’années de labeur, étaient garantis à hauteur de 100.000 euros.

La faute dans l’affaire chypriote est plus qu’une erreur. On avait déjà eu un bel avertissement en 2012 en Grèce avec le refus des dirigeants européens du référendum proposé par Papandreou qui proposait au Peuple grec de refuser ou d’accepter l’ultimatum européen (nommé plan de sauvetage). Puis plus récemment en Italie, le résultat des élections plaçant un opposant au système dans une position capable de bloquer le jeu politique de son pays, Beppe Grillo. Les derniers évènements semblent placer Bersani (le Hollande italien) en position de former un gouvernement d’Union Nationale, nous verrons.

Malgré ces deux avertissements, les Ministres des Finances des pays européens, constatant qu’il manquait 6 Milliards dans leur « plan de sauvetage » de Chypre, décidèrent d’aller tout simplement les prélever sur les comptes des citoyens chypriotes. Résultat : le Parlement Chypriote refuse le plan de sauvetage (comme d’habitude, on appelle plan de sauvetage le fait de prêter de l’argent à un pays à condition de le saigner à blanc et de détruire son administration, comme c’est le cas en Grèce, ne lui laissant alors plus aucune marge de manœuvre et liquidant sa souveraineté sur l’autel de l’Euro-Mark tout-puissant, qui ne sert les intérêts que d’une minorité des populations européennes).

Pourquoi une faute ? Quel que soit le dénouement de l’épisode chypriote, le signal envoyé aux populations de toute l’Europe, est que désormais, qu’ils soient de droite ou de gauche (cette distinction est importante, j’y reviendrai), leur argent n’est plus garanti.

Pourquoi une faute ? La défense de la propriété privée, qui justifie tout un système de pensée, et qui justifie toutes les politiques menées depuis le début de la crise, n’est une loi inviolable que si elle s’applique à certains citoyens. On peut s’asseoir dessus si elle concerne les « petites gens », certains en France parlaient de « France d’en bas » à une époque.

Pourquoi une faute ? La preuve par l’absurde que ce système est dysfonctionnel. Lors de nos cours de géométrie, on se servait du raisonnement par l’absurde pour démontrer qu’une proposition était fausse puisque la conclusion des différentes étapes du raisonnement aboutissait à l’inverse de la proposition d’origine. Ici, proposition d’origine : « la propriété privée est intouchable. » Prenons donc toutes les mesures pour la protéger : politiques d’austérité justifiées par la dette qui n’est que le prétexte pour imposer un modèle économique dont personne ne veut. Pour résoudre l’équation impossible, on en vient donc à la conclusion qu’il faut revenir sur le principe de la propriété privée et violer les comptes privés des citoyens honnêtes. Résumé : Pour protéger la propriété privée intouchable (car base de notre système de croyance), il faut revenir sur la propriété privée. Cette croyance de droite va donc permettre aux conservateurs de montrer l’ineptie de leur raisonnement. Comment la droite va-t-elle l’expliquer à  ses électeurs. On rigole déjà.

Pourquoi une faute ? L’irresponsabilité de nos gouvernements (Moscovisci faisait partie des ministres des finances ayant donné leur accord à ce « plan de sauvetage » de la troïka (Commission Européenne – Banque Centrale Européenne – Fonds Monétaire International), on ne peut donc pas croire que Hollande et Ayrault n’étaient pas au courant) devient manifeste, surtout au vu de la séquence du « c’est pas moi, c’est l’autre » qui a succédé au tollé consécutif à cette décision absurde. On atteint là un degré d’improvisation jamais vu dans l’histoire des institutions européennes d’après-guerre.

Pourquoi une faute ? Après l’introduction du FMI dans la troïka, la Russie s’invite sur la table des négociations, preuve que l’Europe est incapable de régler seule ses problèmes.

Pourquoi une faute ? Sous prétexte de mater les oligarques et les mafieux russes, on spolie toute la population chypriote de son labeur accumulé et on discrédite la thèse du paradis fiscal, qui n’est encore une fois qu’un prétexte pour voler les populations.

Pourquoi une faute ? On avoue qu’on a laissé entrer un paradis fiscal dans l’Europe, lessiveuse de tout l’argent sale du trafic d’arme et du trafic de drogue alors que ces deux trafics sont en train d’exploser dans nos cités et que rien n’a été fait alors que tout le monde savait. On insinue le doute que les ministères de l’Intérieur ne sont en fait là que pour mater les pauvres mais ne font absolument rien contre la délinquance en col blancs.

Pourquoi une faute enfin ? Quelle que soit l’issue de l’épisode chypriote, la faille est là dans les opinions publiques, plus rien ne sera comme avant, la confiance est brisée.

La Faute est le premier pas du chemin de la Chute. Nul ne sait où ça mène mais les responsables sont désormais connus aux yeux de tous.

TL

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