De libertés en crises

30 mars 2013

La voie du pire

Dans la plupart de mes billets, j’essaie de mettre en avant la voie du meilleur tout en dénonçant les inepties de la Pensée Unique. Certes, ne sachant pas tout, certaines solutions bien intentionnées pourraient aboutir au pire, l’Histoire humaine est jalonnée de bonnes intentions qui ont mené aux pires désastres. C’est pourquoi, je pense, il convient de procéder par expérimentations, être capable de revenir en arrière, quand il s’avère qu’une solution a des effets pervers supérieurs aux bénéfices escomptés au départ, et donc, ne jamais être prisonnier d’une idéologie, d’un dogme. Les libéraux condamnent à raison le dogme du communisme étatique qui a mené aux pires calamités du XXème siècle, il est juste dommage qu’ils n’en arrivent pas à voir les ravages que leur idéologie est en train d’occasionner pour la planète entière.

Certes, l’impulsion d’une politique oblige à un engagement, des investissements financiers. Il convient donc, avant de trop s’engager, soit politiquement, soit financièrement, de procéder par jalons où les résultats sont évalués chaque fois, avant de continuer sur des voies qui pourraient s’avérer perverses par la suite. Nul en effet ne peut se targuer d’avoir la connaissance complète des choses.

J’en viens au Front de Gauche, merveilleuse machine de guerre durant la campagne présidentielle qui a mené le candidat Jean-Luc Mélenchon à  tutoyer parfois certains sommets d’intelligence et d’impertinence, qui a secoué la France à une période cruciale, mais dont le résultat fut en-dessous des espérances, bien que largement supérieur à la somme des scores des autres gauches aux élections précédentes.

Il semble que Mélenchon ait envie de prendre un virage crucial avec la préférence donnée à la souveraineté nationale sur l’Euro. Le débat au sein de son Parti de Gauche puis plus largement au sein du Front de Gauche ne fait que commencer. Il est en effet indispensable, dans la perspective des Européennes de 2014, que ce débat soit tranché. Mélenchon va se retrouvé à débattre avec le Front National. S’il peut être attaqué sur l’Euro, il sera en mauvaise posture. Les utopies internationalistes de la gauche alternative se heurtent en effet à ce débat de la monnaie unique, cheval de Troie du libéralisme qu’ils dénoncent par ailleurs. Un clivage existe donc bien au sein de cette gauche, entre les patriotes et les internationalistes. Les internationalistes rêvent d’un monde géré par des lois internationales et sociales. Ce monde est aujourd’hui une utopie, peut-être existera-t-il un jour, mais cela prendra des décennies, crise ou pas. Cette tendance internationaliste de l’autre gauche est toute entière portée par les revendications d’ATTAC et par la direction du NPA de Besancenot, par exemple.

Comme le dogmatisme libéral, cette idéologie est mortifère, l’humanité actuelle n’étant absolument pas prête  à faire le saut vers la fin des Nations (héritage culturel, religieux, patrimoine, langues…) C’est même ce qui fait le sang des sociétés modernes. En ce sens, les mouvements altermondialistes creusent leurs tombes en rejoignant sur certains thèmes la mondialisation libérale. Evidemment, les libéraux l’ont bien compris et se servent de cette envie internationaliste des Peuples en parlant par exemple de la « mondialisation heureuse » chère à Alain Minc. Evidemment, ceux qui reçoivent ce genre de message ne voient que le smartphone dernier cri qu’ils ont dans la poche, mais se mettent des œillères pour tenter de se masquer les coûts humains que cela représente dans les pays où ils sont fabriqués (conditions sociales, salariales, écologiques, ..) pour être accessibles au grand nombre.

L’Euro en tant que monnaie unique est libérale doit donc être combattu par le Front de Gauche au bénéfice d’une monnaie commune dont les Etats européens seraient munis pour commercer avec l’étranger. Les monnaies nationales seraient donc utilisées pour les transactions entre Etats européens. L’argument massue a en effet été déployé par Jacques Sapir sur son blog. Pour que la monnaie unique soit possible, il faut un transfert d’argent des pays riches vers les pays pauvres qui équivaut pour l’Allemagne à un effort de 8% de son PIB à transférer sur 10 ans. On comprend dans ces condtions que la réponse soit : « Nein » et on peut la comprendre. Reste alors à en tirer les conclusions qui s’imposent. L’Euro tel qu’il existe ne peut pas fonctionner. Chypre en est un nouvel exemple, puisque les comptes supérieurs à 100000 euros vont être braqués à hauteur d’au moins 40%. Un Euro chypriote ne vaut donc plus un euro des autres pays de la zone euro. Le change est donc instauré à nouveau, contre tous les statuts actuels de la BCE contenus dans les traités.

S’engager à  conserver l’Euro en l’état, c’est donc s’engager sur la voie du pire. Vouloir modifier les statuts de la BCE (ce que proposait le Front de Gauche avant que Mélenchon n’évoque une sortie de l’Euro en dernière extrémité), c’est faire semblant de croire que l’Allemagne se laissera faire. Une solution : la sortie de la monnaie unique et le passage à la monnaie commune régie par une chambre de compensation européenne surveillant les changes et permettant aux nations d’évaluer leur monnaie en fonction de la santé réelle de leur économie. En un mot : prendre en compte la réalité et en finir avec les flux financiers virtuels du monde entier que nous impose la monnaie unique.

Dire cela, ce n’est pas être « facho », nationaliste arriéré. C’est être patriote, socialiste (en effet, la dévaluation de la monnaie permet à l’Etat d’équilibrer ses comptes en relançant les exportations et en relançant l’activité ainsi créée, permet de faire chuter le chômage et retrouver le plein emploi).

Comment être socialiste avec une monnaie libérale, l’Euro, dont la finalité a toujours été, et c’est même la propagande principale de la BCE, de lutter contre l’inflation et d’aggraver le chômage par la perte de compétitivité engendrée par une monnaie trop forte.

Ils veulent parler de compétitivité, alors qu’ils en parlent vraiment et sérieusement et non pas en flattant un MEDEF qui n’a que faire des PME et ne jure plus que par le microcosme de la finance de haut vol.

Le chemin du pire, c’est de faire chuter le niveau social d’un pays, qui seul permet la collaboration de tous avec tous. La compétitivité par le bas engendrera la guerre de tous contre tous et l’apogée du Front National.

TL

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