De libertés en crises

13 avril 2013

Equation insoluble

Il y a une majorité en France pour l’antilibéralisme. Cette majorité s’est révélée, à la surprise générale, où plutôt contre les sondages trafiqués et les médias connivents, lors de la victoire du « Non » lors du référendum de 2005 sur le traité de Lisbonne. Or, cette majorité est composée de deux tendances séculaires et historiques (la droite nationale et la gauche sociale) qui ne peuvent gouverner ensemble. Reste donc la solution de l’Union Nationale, centriste, libérale, qui n’est en fait que l’Union des élites, très minoritaire en terme électif. Cette Union Nationale ne peut conduire qu’à l’échec (Grèce, Italie, …) où elle ne sert qu’à préserver les intérêts financiers des plus puissants contre la population entière (catastrophe sociale en cours en Grèce, chômage record en Italie). Je n’ose même pas parler de Chypre où le seul avenir que l’on présente à la population est inacceptable. Les destins brisés de la mondialisation libérale ne sont que le résultat d’une politique dont la cupidité est le seul moteur.

En France, un espoir avait cru fleurir en mai 2012, avec l’élimination d’un sortant dont les leçons de morale aux plus précaires d’entre nous n’étaient plus acceptables. Et encore, son élimination avait été obtenue de longue lutte et de justesse, preuve ultime de l’efficacité redoutable d’un système médiatique arrivé à un tel niveau de puissance qu’il était désormais capable de faire prendre des vessies pour des lanternes à une quantité incroyables de personne, rendues passives et naïves par des années de propagande libérale sans répit. La doctrine libérale, imposée depuis les années 80 par les discours anti-sociaux de Reagan ou de Thatcher triomphants, affirmant que la solution au chômage passait par des politiques allégeant la fiscalité des entreprises et rendant l’accès au système sociaux plus difficiles, obligeant les gens à être plus combattifs sur le marché de l’emploi. Malgré les résultats catastrophiques de ces politiques (le chômage n’a cessé de se développer massivement durant les 30 dernières années), la bête a la vie dure et les mêmes discours anti-sociaux gangrènent des médias télévisés, radiophoniques et papier, aux ordres de cet ordre libéral, toujours triomphants.

La déception est à la hauteur de l’attente, tant on n’attendait pas qu’un pouvoir politique de gauche succombe aussi vite, capitule en rase campagne (reniement des engagements de renégociation des traités européens, accord sur la compétitivité, ruinant l’Etat et amendant une fois de plus un Code du Travail déjà bien maltraité, loi bancaire qui n’est qu’un vernis ne transformant rien en profondeur, et pour finir, ANI, accord entre certains syndicats et le MEDEF, ouvrant grand la boîte de Pandore des licenciements massifs qui ne coûteront bientôt plus rien aux entreprises en terme de dédommagements (l’accord prévoit juste de payer un bilan de compétences et un crédit sur le compte formation, une misère en fait).

Alors voilà pourquoi l’équation est insoluble et pourquoi nous sommes au début de grands troubles de plus en plus probables. Les partis sociaux-démocrates sont devenus des partis de droite modérée, du vrai centre en fait (d’où l’hypothèse Bayrou d’un gouvernement d’Union Nationale), la droite est devenue l’affirmation sans pudeur de son libéralisme financier mondialisé, ne redevenant nationale qu’en période d’élection pour tenter de rallier (peine perdue) les électeurs du Front National. Le risque est de voir les extrêmes s’auto-détruire dans un jeu politique insensé à l’heure où une majorité de citoyens est d’accord sur l’essentiel : la dénonciation du libéralisme financier sans frontières, dont l’affaire Cahuzac, loin de se cantonner à une simple affaire de corruption, est la marque indélébile.

Reste deux alternatives lorsqu’il deviendra patent aux yeux de tous que le libéralisme ultra a échoué : soit une main de fer nationale et autoritaire pour reprendre les rennes (c’était l’option claire choisie par Sarkozy lors du deuxième tour de la présidentielle de 2012), ce dont personne ne veut, soit une République sociale beaucoup plus représentative, dont c’est la responsabilité de François Hollande, en tant que socialiste, de bâtir les fondations.

Si rien n’est changé dans le cap libéral du gouvernement socialiste, (bras de fer avec l’Allemagne, vraie loi bancaire, suppression des politiques de compétitivité, conduisant à la pauvreté généralisée puisque le plus compétitif, à ce jeu-là, est celui qui accepte des salaires de misères et des conditions sociales et écologiques archaïques, bien en deça des enjeux planétaires environnementaux actuels), alors l’équation deviendra vite insoluble et le gouvernement de François Hollande sera accusé aux yeux de l’Histoire et des populations de n’avoir rien fait, d’avoir accompagné la catastrophe, et c’est toute la classe politique qui tombera dans la trappe. Les conséquences d’un tel désastre politique sont inconnues à mes yeux, mais on est sûr qu’elles sont d’un danger bien supérieur aux périls déjà dévastateurs vers lesquelles les capitulards des années 30 avaient mené le monde.

TL

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